TL;DR : Selon une étude LHH publiée en 2025, 66% des dirigeants français déclarent souffrir d’épuisement professionnel. La discipline sportive pour les CEOs n’est pas un luxe de licorne parisienne — c’est une infrastructure de survie cognitive. Cet article décortique pourquoi les fondateurs qui glorifient la fatigue finiront en statistique médicale, et propose un protocole minimal viable pour chaque stade de startup, du seed au post-exit.
- Le mythe du surhomme et la dette technique corporelle
- Le protocole minimal viable : quatre piliers, zéro excuse
- L’arithmétique inversée : quand 3 heures de sport rapportent plus que 10 heures de travail
- Trois archétypes de protocole physique selon le stade de startup
- Les trois ennemis : grind porn, dopage soft et biais du survivant
- Implémenter un protocole sportif sans sacrifier la croissance
- Prospective 2027-2028 : trois scénarios pour la santé des fondateurs
- FAQ : Discipline sportive pour les CEOs
- La discipline sportive est-elle compatible avec 60+ heures de travail par semaine ?
- Quel type d’activité physique produit les meilleurs résultats cognitifs ?
- Jonathan Anguelov (LinkedIn) a-t-il publiquement abordé ce sujet ?
- Le burn-out d’un CEO représente-t-il un risque financier quantifiable ?
- L’approche européenne diffère-t-elle du modèle américain ?
- L’assurance key person couvre-t-elle les conséquences du burn-out ?
- Comment justifier un protocole sportif auprès d’un board sceptique ?
- Existe-t-il des structures d’accompagnement spécifiques en France ?
- La seule infrastructure qui ne se lève pas, ne se pivote pas, ne s’acquiert pas
Ceci n’est pas une anecdote. C’est un archétype composite, forgé à partir de dizaines de témoignages publics de dirigeants français et de données épidémiologiques convergentes. Le CEO de scale-up, 37 ans, assis à 23h dans un open space vidé. Lumière bleue, café froid, dos voûté. Sa montre connectée vibre : fréquence cardiaque au repos anormalement élevée. Il l’ignore. Il a un board dans neuf heures.
Les chiffres confirment que ce profil n’a rien d’exceptionnel. Selon une étude LHH publiée en 2025, portant spécifiquement sur les dirigeants d’entreprises françaises, 66% déclarent souffrir d’épuisement professionnel — contre 40% en 2023. Une progression de 26 points en un an. Le mythe du CEO indestructible ne tient plus. Il n’a jamais tenu.
Le vrai scandale, ce n’est pas que les fondateurs travaillent trop. C’est qu’ils confondent endurance mentale et autopunition physique. Et pendant que le capital-risque français injecte des millions dans des boîtes prometteuses, personne ne pose la question qui devrait précéder toutes les due diligences : est-ce que le CEO est physiquement capable de tenir trois ans de plus ?
Je le dis sans détour : en 2026, la discipline sportive d’un fondateur n’est plus du développement personnel. C’est de l’ingénierie de survie. Et si cette phrase vous dérange, attendez de lire la suite.
Le mythe du surhomme et la dette technique corporelle
Trois trajectoires françaises. Trois rapports diamétralement opposés au corps. Trois résultats qui parlent d’eux-mêmes.
Prenez Jonathan Anguelov. Le cofondateur d’Aircall — licorne française valorisée plus d’un milliard de dollars — incarne le paradoxe. Pendant des années, il a maintenu un rythme de travail extrême, 18 heures sur 24, pratiquement sans pause. Plus de 220 millions de dollars levés, Goldman Sachs au capital, bureaux sur trois continents. Le récit parfait du grind glorifié.
Sauf que Jonathan Anguelov (LinkedIn) lui-même le reconnaît. Dans ses prises de parole post-Aircall, il répète régulièrement que la santé reste le seul actif non remplaçable — sport, nutrition, repos. Ce n’est pas un mantra de coach LinkedIn. C’est le constat d’un fondateur qui a construit une licorne et qui, à 38 ans, mesure le prix payé par son corps. Soyons clairs : quand un homme qui a levé plus de 220 millions de dollars te dit que la santé passe avant le term sheet, tu devrais écouter.
À l’opposé du spectre, Marc Simoncini incarne le modèle inversé. Le fondateur de Meetic, serial entrepreneur à 62 ans, déclarait dans un portrait publié par le JDD que le dimanche est le seul jour où il ne fait pas de sport. Boxe, ski de randonnée, vélo, plongée — six jours sur sept, depuis des décennies. Résultat : un homme qui, après avoir perdu 8 millions d’euros post-bulle internet, a eu la lucidité physique et mentale de construire Meetic jusqu’au rachat, puis de bâtir un portefeuille d’investissement sur le temps long. La rigueur physique n’a pas fait de Simoncini un meilleur athlète. Elle lui a donné la capacité de récupérer d’un crash financier qui aurait paralysé la plupart des fondateurs.
Et puis il y a le cas Jean-Michel Karam — peut-être le plus radical des trois. Ancien basketteur de Division 1, fondateur de MEMSCAP puis d’Eva Group, l’homme a survécu à l’un des crashs les plus violents de l’histoire tech française : 72 millions d’euros de commandes réduites à 800 000 dollars en quelques jours. Son arme secrète n’était pas un montage financier — c’était une discipline corporelle forgée sur les terrains de basket avant même sa carrière d’ingénieur. Aujourd’hui encore, Karam maintient un protocole quotidien non négociable : gainage, pompes, tai chi chaque matin, et marches en montée le week-end. Comme il l’expliquait dans une interview accordée à L’Express Franchise : « Le basket est un sport qui va très vite mais qui se prépare. Quand on s’entraîne, on s’entraîne tactiquement sur des schémas de jeu : on définit un business plan. Et quand on exécute le plan de jeu, on le fait très rapidement. » Les 105 tâches de son Plan Utopia — qui a sauvé MEMSCAP de la faillite — n’étaient pas de l’improvisation. C’était un schéma de jeu, exécuté avec la précision d’un meneur qui connaît chaque position sur le terrain.
Là où Simoncini incarne la longévité par le volume (six jours sur sept), et Anguelov la prise de conscience post-sacrifice, Karam représente le troisième modèle : la micro-discipline quotidienne comme infrastructure de résilience.
C’est comme un serveur AWS en surcharge. Tu peux gratter sur l’infrastructure pendant 12 mois. Tu réduis les coûts, tu optimises, tu fais tourner à 98% de capacité. Mais quand ça lâche, tout lâche d’un coup. Pas de redémarrage progressif. Un crash complet. Le corps du fondateur fonctionne exactement sur le même principe : pas de dégradation linéaire, mais une rupture brutale au moment le plus critique — le closing d’une série A, un board hostile, un pivot imposé.
La discipline de sacrifice — dormir 4 heures, manger n’importe quoi, ne jamais bouger — n’est pas une stratégie. C’est une dette technique corporelle à intérêts composés. L’Observatoire Amarok le documentait avant la crise Covid : 17,5% des dirigeants de TPE-PME présentaient un risque d’épuisement. Post-pandémie, avec le télétravail et la sédentarité exacerbée, la tendance s’est nettement aggravée.
Le protocole minimal viable : quatre piliers, zéro excuse
Arrêtons les métaphores. Passons au concret.
Pour être tout à fait franc, la plupart des contenus sur « sport et leadership » sont du bruit motivationnel sans structure. Ce que la routine physique du fondateur exige en 2026, c’est un protocole minimal viable — le MVP de ta santé, si tu préfères.
Quatre piliers. Pas cinq, pas dix. Quatre.
Le premier : le mouvement structuré. Trois à quatre sessions par semaine, 40 à 60 minutes chacune. Deux séances de force, une à deux de cardio. Ce n’est pas négociable. Comme ta réunion hebdomadaire avec ton CTO, c’est dans l’agenda ou ça n’existe pas. Et si même ça te semble trop, rappelle-toi Karam : quelques minutes de gainage chaque matin suffisent comme socle non négociable.
Le deuxième : le sommeil. Anguelov l’admettait publiquement — 6 heures, c’est la limite dure. 8 à 9 heures, c’est mieux. Les études de Harvard Health sont claires : il faut plusieurs mois d’exercice régulier pour observer les premiers bénéfices cognitifs significatifs. Pas quelques jours. Des mois.
Le troisième : la nutrition. Sortir du cycle croissant-taxi-Uber Eats-café permanent qui caractérise la majorité des fondateurs parisiens. Simoncini a fait de son alimentation un choix opérationnel, pas un caprice lifestyle — et c’est un élément structurant de sa routine physique de six jours par semaine.
Le quatrième : la récupération émotionnelle. Concrètement, ne pas bosser 18 heures sur 24 en continu, accepter un soir sans écran, un week-end déconnecté par trimestre. C’est l’équivalent d’un load balancer pour ton système nerveux — sans lui, la prochaine montée en charge fait tomber le serveur.
J’en ai presque honte tellement c’est élémentaire. Mais c’est précisément le problème. La routine physique du CEO n’échoue pas par manque de connaissance. Elle échoue par manque de priorité. Un fondateur qui bloque 4 heures par semaine pour des dîners networking mais refuse d’en consacrer 2 au mouvement structuré ne gère pas ses priorités — il gère ses illusions. Et c’est exactement ce genre de déni qui transforme un CEO prometteur en statistique de burn-out.
L’arithmétique inversée : quand 3 heures de sport rapportent plus que 10 heures de travail
C’est ici que la logique conventionnelle s’effondre. La plupart des fondateurs calculent le temps « perdu » au sport. Trois heures par semaine, 156 heures par an. L’équivalent de quatre semaines de travail. Inacceptable, disent-ils.
L’arithmétique est fausse. Et pas qu’un peu. Un CEO épuisé prend des décisions catastrophiques. Il sur-réagit, panique sur les levées de fonds, licencie mal, recrute dans l’urgence, valide des pivots dictés par la peur plutôt que par la data.
Une étude APESA de 2024, menée spécifiquement auprès d’entrepreneurs et de dirigeants de PME françaises, révèle qu’ils prennent en moyenne 127 décisions par jour. Chacune consomme du glucose cérébral, de la capacité attentionnelle, de la lucidité stratégique.
Pause nécessaire ici, parce que la suite est dense — et c’est voulu.
Le stress chronique n’est pas une simple fatigue de l’esprit. C’est une érosion chimique mesurable. Quand un CEO s’enferme dans le cycle privation de sommeil + sédentarité, il active l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien de manière quasi permanente. Résultat : une inondation de cortisol qui, à terme, devient neurotoxique. L’hippocampe — centre névralgique de la mémoire épisodique et de la navigation stratégique — possède la plus forte densité de récepteurs aux glucocorticoïdes. En clair, c’est la première zone qui se dégrade. Un dirigeant en pré-burn-out ne perd pas seulement sa patience : il perd sa capacité à cartographier le futur. Parallèlement, le cortex préfrontal — siège des fonctions exécutives et du contrôle des impulsions — s’affaiblit. Le CEO devient alors l’esclave de son amygdale : il ne dirige plus, il réagit. Il ne décide plus, il survit.
L’exercice physique, en revanche, déclenche la production de BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor), une protéine que les neuroscientifiques surnomment le « Miracle-Gro du cerveau » car elle stimule la création de nouvelles connexions neuronales. Harvard Health rapportait en 2025 que l’exercice physique modéré augmente les performances aux tests de mémoire le jour suivant — et que l’effet se consolide après plusieurs mois de régularité. Pratiquer une discipline sportive n’est donc pas une pause dans le travail. C’est une séance de maintenance obligatoire pour maintenir le processeur humain à son niveau de performance maximal sans risquer la fusion du cœur.
Anguelov a levé plus de 220 millions de dollars et développé un portefeuille immobilier conséquent avec Aguesseau Capital. Simoncini a construit Meetic, survécu à un krach, et reste actif à 62 ans. Karam a exécuté 105 tâches sans erreur pour sauver une entreprise cotée en Bourse. Les trois ont un point commun que personne ne mentionne dans leurs success stories : une discipline corporelle qui soutient leur capacité de décision stratégique sur le temps long.
Trois archétypes de protocole physique selon le stade de startup
Le protocole sportif n’est pas universel. Il s’adapte au stade, au contexte, à l’âge. C’est comme l’architecture logicielle — une structure monolithique peut convenir à un MVP, mais une scale-up exige du microservice. Voici trois archétypes opérationnels.
| Profil CEO (2026) | Temps travail / sem. | Protocole recommandé | Risque si négligé | Impact opérationnel |
|---|---|---|---|---|
| CEO seed France (0-10 salariés) | 55-65 h | 3×40 min + marche quotidienne (8 000 pas) | Burn-out, décisions impulsives, runway gaspillé | Élevé — retard + perte de confiance investisseurs |
| CEO scale-up Europe (200+ salariés) | 60-70 h + voyages | 4×45 min + 7 h de sommeil minimum | Crash cardio, erreur stratégique, turnover C-level | Très élevé — déstabilisation de la gouvernance |
| CEO multi-business post-exit | 50-60 h | 3×60 min + mobilité + check-up annuel | Vie écourtée, incapacité à profiter du patrimoine | Irréversible |
Le CEO early-stage à Paris, 32 ans, en pleine course au financement pre-seed. Son temps est compté, son runway aussi. Trois créneaux de 40 minutes par semaine — soit 2 heures, l’équivalent d’une réunion inutile en moins. L’objectif n’est pas la performance physique. C’est de rester assez en forme pour encaisser 24 mois de runway early-stage sans s’effondrer.
Le CEO de scale-up, 40 ans, avions, boards, jet-lag chronique. Pour ce profil, l’activité physique doit être traitée comme un engagement de gouvernance. Quatre sessions par semaine, intégrées à l’agenda comme un board meeting. Un week-end par trimestre totalement offline — ce qui, concrètement, teste la solidité de la délégation organisationnelle autant que la capacité de récupération du fondateur. Un CEO qui ne peut pas disparaître 48 heures sans que sa boîte implose a un problème d’organisation, pas d’agenda.
Le CEO post-exit, multi-business, type Anguelov, Simoncini ou Karam. Toujours en surchauffe, mais plus de cash. Le sport pivote de la « performance » vers la « longévité ». Cardio modéré, mobilité, musculation deux fois par semaine, check-up annuel. Simoncini le pratique six jours sur sept à 62 ans. Karam tient sa routine quotidienne depuis des décennies.
Les trois ennemis : grind porn, dopage soft et biais du survivant
Ce sujet a des adversaires puissants. Et ils sont souvent déguisés en contenu motivationnel.
Le premier ennemi : le grind porn. Ces vidéos de fondateurs filmés à 4 heures du matin, miracle morning, « no days off », musique épique en fond. C’est du théâtre. Anguelov, qui a réellement maintenu un rythme extrême pendant des années, ne le glorifie pas. Il le reconnaît comme un prix payé — pas comme une médaille. La récupération fait partie intégrante de toute rigueur physique sérieuse. C’est comme l’overclocking sauvage d’un processeur sans système de refroidissement : tu gagnes 15% de performance pendant six mois, puis la puce grille définitivement. Aucun ingénieur compétent ne ferait ça à un serveur. Pourquoi le faire à un cerveau ?
Le deuxième ennemi : le dopage « soft ». Café à la chaîne, nicotine, stimulants, trading tardif, jet-lag accepté comme normal. L’étude France Burnout de 2024, portant sur l’ensemble des salariés français (population élargie, pas uniquement les dirigeants), rapporte que 34% se déclarent en situation de burn-out ou à risque. Chez les dirigeants spécifiquement, la proportion est structurellement plus élevée selon l’APESA — et les mécanismes de compensation chimique aggravent la spirale.
Le troisième ennemi, peut-être le plus vicieux : le biais du survivant. Quelques CEOs survivent 10 ans sans protocole physique et racontent ensuite que c’est optionnel. Bravo. Pour chaque fondateur qui tient sans structure, combien finissent en arrêt maladie, divorce, dépression ? Les données de l’étude WILLA/Harmonie Mutuelle de 2025, menée spécifiquement auprès d’un échantillon d’entrepreneurs français, sont glaçantes : 43% souffrent de sautes d’humeur invalidantes, 31% développent une dépendance à l’alcool ou aux anxiolytiques. Ces chiffres ne sont pas des abstractions. Ce sont vos cofondateurs, vos associés, vos concurrents.
L’indiscipline physique du CEO, c’est l’accumulation d’arbitrages court-termistes à coût différé : Uber au lieu de marcher, sandwich industriel entre deux calls, mail à 2 heures du matin, zéro check-up depuis trois ans, montre connectée en mode silence pour ignorer les alertes cardio. Chacun de ces micro-choix paraît rationnel isolément. Agrégés sur 36 mois, ils constituent un risque opérationnel majeur pour toute startup qui dépend d’un key person.
Implémenter un protocole sportif sans sacrifier la croissance
Pour être pragmatique — et j’essaie toujours de l’être — voici une méthodologie séquentielle. Pas de « commencez par méditer 5 minutes ». Du concret.
Première étape : l’audit brutal. Prendre une semaine, lister chaque jour les heures de sommeil, les heures de calls, le temps d’écran, les pauses, la marche. C’est désagréable. C’est le point. Identifier trois créneaux de 45 minutes récupérables — et ils existent toujours. Temps de scroll, pseudo-réunions d’alignement qui n’alignent rien, calls qui auraient pu être un Slack. Si tu ne trouves pas 2 heures libres dans une semaine de 65 heures, le problème n’est pas ton agenda — c’est ton incapacité à dire non.
Deuxième étape : le protocole 90 jours. C’est l’horizon minimal. Moins de 3 mois, les effets ne sont pas mesurables. Semaine type : lundi musculation 45 minutes, mercredi cardio 30-40 minutes, vendredi musculation 45 minutes, week-end activité plaisir — vélo, randonnée, foot entre amis. Après trois mois, les effets sont tangibles : énergie stabilisée, humeur moins volatile, clarté cognitive accrue.
Troisième étape : les métriques personnelles. Les CEOs mesurent tout — LTV, CAC, ARR, TRI immobilier. Transposez cette obsession du chiffre à votre corps : fréquence cardiaque au repos, temps d’endormissement, capacité à soutenir une journée board + closing sans crash énergétique à 16 heures. Vous ne piloteriez jamais votre startup sans dashboard. Pourquoi pilotez-vous votre corps à l’aveugle ?
Quatrième étape : la gouvernance personnelle. Faire traiter le protocole physique comme un commitment de board. Même statut qu’un comité d’audit. Le CEO doit être capable de dire à ses investisseurs : « Mon protocole physique n’est pas un hobby. C’est votre assurance-vie sur ma lucidité. » L’incapacité à sanctuariser 3 heures hebdomadaires de mouvement structuré est un signal de risque key person non mitigé — et chaque investisseur rationnel devrait s’en préoccuper.
Prospective 2027-2028 : trois scénarios pour la santé des fondateurs
Trois scénarios se dessinent. Je les présente comme des hypothèses structurées, pas comme des prédictions — la nuance compte.
Scénario optimiste : la santé entre dans les due diligences. D’ici 2028, certains fonds de capital-risque pourraient intégrer des critères de santé du fondateur dans leurs évaluations. L’hypothèse n’est pas fantaisiste — des discussions informelles existent déjà dans l’écosystème américain autour du founder wellness comme facteur de risque. Je n’ai pas identifié de politique publique explicite chez les fonds français au moment de l’écriture de cet article. Mais le mécanisme pourrait venir d’en haut : les LPs (fonds de pension, family offices) qui investissent dans les fonds VC pourraient eux-mêmes exiger des audits de risque key person plus poussés, forçant les GPs à intégrer la santé des fondateurs dans leur grille d’évaluation. Si la French Tech 2030 cessait de glorifier le sacrifice au profit de la durabilité, les incubateurs pourraient proposer des programmes intégrant coaching sportif et mentorat stratégique. L’impact potentiel sur le TRI des fonds serait mesurable : réduction du risque key person, diminution du turnover au C-level, amélioration de la durée de tenure des fondateurs.
Scénario réaliste : une prise de conscience culturelle, pas institutionnelle. Le sujet reste individuel, mais gagne en légitimité. Les podcasts de fondateurs en parlent davantage. Les conférences French Tech incluent des tables rondes sur la santé des dirigeants. Des startups wellness B2B émergent pour servir ce marché naissant. Les données sur le burn-out, de plus en plus documentées par des organismes comme l’APESA et l’Observatoire Amarok, forcent une prise de conscience collective. Le changement est lent, mais réel.
Scénario pessimiste : le statu quo meurtrier. Rien ne change. Le grind reste glorifié, les fondateurs continuent de s’effondrer à 40 ans, et l’écosystème perd chaque année des talents irremplaçables. Le stress chronique chez les dirigeants français devient la norme acceptée, comme un coût collatéral de l’entrepreneuriat. L’écosystème continuera de produire des licornes, mais au prix d’un taux de remplacement de fondateurs anormalement élevé — 48% des entreprises ont connu un turnover supérieur à 50% au C-level en 2024 selon LHH. Franchement, c’est le scénario le plus probable à court terme. Et c’est exactement pour ça qu’il faut le dire.
FAQ : Discipline sportive pour les CEOs
La discipline sportive est-elle compatible avec 60+ heures de travail par semaine ?
Trois séances de 40 minutes représentent 2 heures par semaine — soit 3% d’une semaine de 65 heures. Marc Simoncini pratique six jours sur sept tout en gérant plusieurs entreprises. Jean-Michel Karam ne consacre que quelques minutes chaque matin — et il a sauvé une entreprise cotée d’un crash historique avec cette discipline. Le vrai obstacle n’est pas le temps. C’est la priorisation.
Quel type d’activité physique produit les meilleurs résultats cognitifs ?
La combinaison musculation + cardio modéré est la mieux documentée. La musculation améliore la résistance au stress et la régulation hormonale. Le cardio optimise l’oxygénation cérébrale et stimule les fonctions cognitives de long terme. L’idéal documenté : 2 séances de force + 1-2 séances de cardio par semaine.
Jonathan Anguelov (LinkedIn) a-t-il publiquement abordé ce sujet ?
Dans plusieurs interventions publiques, Anguelov insiste sur l’importance de la santé, du sport, de la nutrition et du sommeil comme actifs non remplaçables. Cette position est cohérente avec son parcours post-Aircall, où il a diversifié entre immobilier (Aguesseau Capital) et investissement dans des dizaines de startups — un rythme qui requiert une endurance cognitive de long terme.
Le burn-out d’un CEO représente-t-il un risque financier quantifiable ?
Le risque de key person est le premier risque non financier d’une startup early-stage. Un remplacement de CEO en scale-up entraîne des coûts de recrutement, de transition et de perte de momentum qui se chiffrent en centaines de milliers d’euros, sans compter l’impact sur la confiance des investisseurs suivants et la dilution potentielle liée à un ajustement de valorisation.
L’approche européenne diffère-t-elle du modèle américain ?
Les fondateurs européens compensent des heures légèrement inférieures par un rapport culturel au repos plus ambivalent. En France, le dirigeant qui s’absente pour du sport est encore perçu comme « peu investi ». La Silicon Valley a partiellement corrigé ce biais — mais avec des dérives inverses (culte du biohacking, optimisation narcissique du corps comme personal brand).
L’assurance key person couvre-t-elle les conséquences du burn-out ?
La couverture dépend fortement des clauses contractuelles. La plupart des polices key person en France couvrent le décès et l’invalidité, mais l’épuisement professionnel et l’incapacité cognitive progressive peuvent s’avérer difficiles à qualifier et à couvrir selon les contrats. C’est un angle mort que les angel investors et les fonds de capital-risque devraient examiner dans leurs term sheets.
Comment justifier un protocole sportif auprès d’un board sceptique ?
Présentez-le comme un outil de gestion du risque, pas comme un choix lifestyle. Les données sont suffisamment parlantes : 66% d’épuisement chez les dirigeants (LHH 2025), 127 décisions quotidiennes avec un cerveau en dégradation progressive (APESA), 31% de dépendance aux anxiolytiques chez les entrepreneurs (WILLA/Harmonie Mutuelle). Aucun investisseur rationnel ne devrait accepter un risque key person non mitigé.
Existe-t-il des structures d’accompagnement spécifiques en France ?
L’écosystème est encore embryonnaire. L’APESA propose un accompagnement psychologique pour les dirigeants en difficulté. Quelques coachs sportifs se spécialisent dans le executive wellness. Mais il n’existe pas encore de programme structuré intégrant sport, nutrition et gouvernance personnelle pour les fondateurs de startups — un marché que l’écosystème startup francophone gagnerait à structurer.
La seule infrastructure qui ne se lève pas, ne se pivote pas, ne s’acquiert pas
L’effort physique structuré n’est ni un gadget wellness, ni un luxe de licorne, ni un sujet pour podcast feel-good. C’est de l’ingénierie de survie appliquée au capital humain le plus critique d’une startup : son fondateur.
Comme le rendement d’un investissement early-stage, les effets composés jouent pour toi ou contre toi. Trois mois, six mois, trois ans de discipline physique créent un fossé invisible avec ceux qui n’en ont pas.
La vraie question : est-ce que tu vas attendre ton premier malaise pour prendre au sérieux la seule infrastructure que tu ne peux ni lever, ni pivoter, ni acquérir — ton corps ?

