TL;DR : Un ad server n’est pas une “brique pub” interchangeable : c’est le moteur de décision qui arbitre vos revenus (direct, programmatique, retail media). Par défaut, beaucoup d’équipes délèguent cet arbitrage à Google Ad Manager. Cela reste souvent rationnel. Mais dès qu’une startup opère une marketplace, un moteur de recherche interne ou une app à forte intention, le “Sponsored Listings” (retail media) peut devenir un produit à part entière. Ce guide structure le choix Build vs Buy, documente les solutions majeures (Kevel, Topsort, Equativ, Adform, Magnite, EPOM, Criteo, Xandr, Google) et donne une méthodologie d’audit (RUM, INP/LCP/CLS) + un calcul de ROI correct (eCPM/1000, take rate).Un ad server orchestre des arbitrages (direct, programmatique, retail media). Le sujet n’est pas “Google ou pas Google” : c’est “qui contrôle le decisioning” et “à quel coût total”.
- 1) Ce qu’est un Ad Server : le moteur de décision, pas le stockage
- 2) Le pivot “Retail Media” : quand votre moteur de recherche devient un produit publicitaire
- 3) Performance Web : la latence n’est pas un argument, c’est une mesure
- 4) Panorama des solutions : ad servers, retail media, CTV, open-source
- Google Ad Manager (GAM)
- Kevel (API-first ad serving)
- Topsort (Retail Media / Sponsored Listings)
- Equativ (ex-Smart AdServer)
- Adform
- Magnite (SpringServe / SpotX)
- Criteo (Retail Media / Sponsored Products)
- EPOM (Ad Server)
- Xandr (legacy / ecosystem)
- Revive Adserver (open-source)
- À ne pas confondre : Ad server vs Header bidding wrapper
- 5) Le tableau Build vs Buy : la comparaison utile (pas parfaite)
- 6) La formule ROI correcte : eCPM/1000 + take rate + TCO
- 7) Privacy Sandbox et incertitude produit : un risque de maintenance, pas un débat idéologique
- Conclusion : pragmatisme, mais pas inertie
Dans la plupart des scale-ups françaises, l’optimisation de l’infrastructure de coûts (cloud, observabilité, CI/CD) est une discipline mature. L’infrastructure de revenus publicitaires, elle, est souvent traitée comme une commodité. Or, dès que la publicité devient un P&L significatif, cette posture devient une décision implicite : vous choisissez une politique d’arbitrage (et donc de marge) sans la modéliser.
Le marché “ad server” est régulièrement estimé via des rapports secondaires (exemple : Business Research Insights). Ces chiffres ne font pas la stratégie. La stratégie se lit dans les usages : montée des retail media networks, croissance du Sponsored Search dans les marketplaces, et extension de stacks publicitaires propriétaires chez des acteurs dont la donnée est log-in (cas Netflix, avec une plateforme ad tech internalisée annoncée fin 2025 selon des sources presse spécialisées).
1) Ce qu’est un Ad Server : le moteur de décision, pas le stockage
Un ad server a trois fonctions de base (serving, targeting, reporting), mais sa valeur stratégique est ailleurs : il agit comme un Decisioning Engine. Il arbitre, impression par impression, l’allocation entre :
- Direct / Reserved (contrats garantis, deals private).
- Programmatique (open auction, PMP, header bidding).
- Auto-promo (house ads, cross-sell interne).
- Retail media (sponsored listings / sponsored search : placements payants à intention forte).
Nuance essentielle : Google n’est pas monolithique
Le débat est souvent caricatural. Techniquement, le conflit d’intérêt structurel est l’intégration verticale :
- Sell-side : Google Ad Manager (GAM) + Google Ad Exchange (AdX) opèrent côté éditeur.
- Buy-side : Google Ads et DV360 opèrent côté annonceur.
Dans une stack intégrée, un même groupe fournit des briques aux deux côtés. Pour la majorité des startups, l’accès à la liquidité et la simplicité opérationnelle priment. Pour une minorité à fort volume et inventaire spécifique (notamment “search-like”), l’intérêt économique d’un arbitrage plus contrôlé mérite un audit chiffré.
2) Le pivot “Retail Media” : quand votre moteur de recherche devient un produit publicitaire
Le point le plus sous-estimé par les startups n’est pas le programmatique : c’est le Sponsored Listings. Quand un utilisateur tape une requête interne (“chaussures running”, “photographe mariage”, “ERP facturation”), il exprime une intention. Monétiser cette intention via des placements sponsorisés est généralement plus puissant que des bannières génériques, parce que le contexte est une “pré-conversion”.
Cas documenté : Glovo × Topsort (Retail Media in-app)
La logique “Sponsored Listings + optimisation” est devenue standard dans les apps marketplace. Exemple : Topsort publie un cas Glovo sur son site mettant en avant des métriques de performance (ROAS et conversion rate des ads) pour un déploiement de sponsored listings.
Source : topsort.com/case-study/glovo
Ce pivot change la nature du sujet. Vous n’êtes plus “éditeur qui vend de l’inventaire”, vous êtes “plateforme qui vend de l’accès à de l’intention”. Et l’infrastructure requise n’est pas strictement un ad server display classique : vous avez besoin d’un moteur de ranking sponsorisé, d’une logique d’enchère (ou d’auto-bidding), de garde-fous antifraude, et surtout d’une mesure cohérente (clics, add-to-cart, lead, conversion, incrémentalité).
3) Performance Web : la latence n’est pas un argument, c’est une mesure
Dire “les scripts tiers dégradent les Core Web Vitals” est incomplet. Souvent, la dégradation vient de l’implémentation (client-side), des slots mal réservés, ou d’un header bidding mal gouverné.
Pourquoi le client-side dégrade CLS et INP
- CLS : slots sans height réservé, créatifs non conformes, refresh agressif.
- INP : wrappers qui bloquent le main thread, events publicitaires synchrones, surcharge JS cumulée.
- LCP : surcharge réseau et scripts concurrents au rendu du contenu principal.
Protocole d’audit recommandé (CTO)
- Lab : Lighthouse / WebPageTest, comparaison avec et sans wrappers (profil JS + waterfall).
- Field : RUM (Datadog RUM, New Relic Browser, SpeedCurve, Elastic RUM) pour segmenter par pages et par densité pub, et suivre INP, LCP, CLS.
- Test contrôlé : 5 à 20% du trafic : lazy load, réduction partenaires, passage S2S, puis comparaison revenu vs sessions, bounce, scroll depth.
Sans ce protocole, “Build pour perf” est un raisonnement intuitif, pas une décision d’architecture.
4) Panorama des solutions : ad servers, retail media, CTV, open-source
Une critique classique des articles “ad server” est de lister des concepts sans donner de portes d’entrée concrètes. Voici une cartographie simple des familles de solutions, avec des liens directs vers les produits.
Google Ad Manager (GAM)
Standard de fait chez de nombreux éditeurs. Intégration profonde avec AdX et l’écosystème Google. Accès aux données détaillées variable selon les niveaux et options (log-level data souvent conditionnel).
Produit : admanager.google.com
Docs : Google Publisher Tag (GPT)
Kevel (API-first ad serving)
Positionnement “ad serving as a product” : API-first, utile pour les plateformes qui veulent intégrer l’ad dans le produit (native, marketplace, in-app placements) sans bâtir toute l’infra.
Site : kevel.com
Topsort (Retail Media / Sponsored Listings)
Spécialiste des ads “search-like” dans les marketplaces (sponsored listings, bidding, optimisation). Logique retail media plus que display classique.
Site : topsort.com
Cas Glovo : topsort.com/case-study/glovo
Equativ (ex-Smart AdServer)
Acteur européen historique côté sell-side. Pertinent pour éditeurs et inventaires premium qui veulent une alternative structurée hors dépendance exclusive Google.
Site : equativ.com
Adform
Suite AdTech européenne (buy-side et sell-side selon les modules), plutôt orientée annonceurs et publishers premium. À considérer si votre stratégie inclut des deals et une orchestration plus “enterprise”.
Site : adform.com
Magnite (SpringServe / SpotX)
Orienté CTV/vidéo/SSP. SpringServe et SpotX sont associés à l’écosystème Magnite, utile si votre monétisation inclut beaucoup de vidéo/CTV.
Magnite : magnite.com
SpringServe : springserve.com
Criteo (Retail Media / Sponsored Products)
Acteur français majeur, très présent sur le retail media et l’activation commerce. Ce n’est pas un “ad server display générique” : c’est un candidat naturel si votre sujet est sponsored products et performance commerce.
Site : criteo.com
EPOM (Ad Server)
Solution ad server orientée éditeurs / réseaux, souvent utilisée pour des setups plus accessibles, avec un spectre fonctionnel large.
Site : epom.com
Xandr (legacy / ecosystem)
Xandr est souvent cité historiquement dans les stacks programmatiques. Selon vos besoins, le point n’est pas le nom, mais la capacité à opérer des deals, auctions et reporting au bon niveau de granularité.
Site : xandr.com
Revive Adserver (open-source)
Option open-source si vous cherchez une base self-hosted, en acceptant les limites de fonctionnalités “enterprise” et le coût réel d’intégration/maintenance.
Site : revive-adserver.com
À ne pas confondre : Ad server vs Header bidding wrapper
Un wrapper (ex : Prebid.js) orchestre la compétition entre acheteurs (DSP/SSP) avant la décision. Un ad server (GAM ou autre) arbitre ensuite la diffusion et la gouvernance (priorités, pacing, frequency capping, reporting). Les deux se complètent.
Référence : prebid.org
5) Le tableau Build vs Buy : la comparaison utile (pas parfaite)
Ce tableau ne prétend pas donner “la bonne réponse” : il explicite les variables qui tuent les projets ad tech (sous-estimation de la maintenance, surestimation de l’uplift eCPM, sous-estimation du coût opportunité).
| Critère | Build (propriétaire) | Buy (GAM ou équivalent) | Buy (API-first / Retail Media) |
|---|---|---|---|
| Time-to-market | 3 à 12 mois (souvent plus) | Semaines | 1 à 8 semaines (selon intégration) |
| TCO (3 ans) | Très élevé (engineering + astreinte + infra) | Faible à moyen (AdOps + contraintes) | Moyen (licence + take rate + intégrations) |
| Contrôle decisioning | Maximal (si bien implémenté) | Élevé dans le cadre GAM, mais gouvernance et data granulaire variables | Élevé sur le périmètre du produit (ex : sponsored search) |
| Accès aux logs | Brut, complet | Conditionnel selon options, intégrations, niveau de service | Souvent bon (selon fournisseur) |
| Fit marketplace | Oui (mais cher) | Souvent insuffisant pour du “search-like” | Fort (Topsort, Criteo selon cas) |
6) La formule ROI correcte : eCPM/1000 + take rate + TCO
Le ROI se défend devant un board avec une équation simple et testable. Toute autre approche est une opinion.
Gain net (sur une période) = [ (Uplift eCPM × (Impressions / 1000) × Fill Rate) × (1 – Take Rate) ] – TCO
- Uplift eCPM : ne se devine pas. Il se mesure sur un A/B test (5 à 20% du trafic).
- Impressions / 1000 : obligatoire (sinon erreur x1000).
- Fill Rate : change avec le mix demand. Le fill peut baisser si vous perdez une partie de la liquidité “default”.
- Take Rate : commissions SSP, frais licence, rev share, coûts d’intermédiation.
- TCO : engineering (build + run), observabilité, SRE/astreinte, conformité, antifraude, QA créa.
Règle de gestion :
Si vous n’avez pas la capacité d’assurer une continuité 24/7 (monitoring, rollback, astreinte), vous ne construisez pas un ad server. Vous achetez. La pub “ne dort jamais” : une panne est une perte de revenu instantanée et une dégradation des relations annonceurs.
7) Privacy Sandbox et incertitude produit : un risque de maintenance, pas un débat idéologique
Construire “contre” un acteur dominant n’a de sens que si vous pouvez maintenir la compatibilité avec un environnement mouvant : navigateurs, consentement, identifiants, et standards de mesure.
- Sur les cookies tiers, Google a communiqué sur des approches de type “choix utilisateur” plutôt qu’une suppression brutale, et l’écosystème Privacy Sandbox continue d’évoluer (Topics, Protected Audience, etc.).
- Concrètement : un build propriétaire exige une capacité de veille et d’adaptation continue, sinon vous payez une dette technique permanente.
Références (contextuelles) : Synthèse presse (Chrome / cookies / Privacy Sandbox), Privacy Sandbox (site officiel).
Conclusion : pragmatisme, mais pas inertie
Google Ad Manager reste un choix robuste pour démarrer et scaler très loin. Le problème n’est pas de l’utiliser : le problème est de l’utiliser par défaut, sans recalculer l’équation dès que la pub devient un P&L significatif ou dès que votre produit ressemble à un moteur de recherche interne (donc à du retail media).
La décision rationnelle se résume ainsi :
- Si votre pub est “annexe” : Buy (GAM ou équivalent) et concentrez l’engineering sur le core product.
- Si votre pub est “produit” (sponsored listings) : évaluez une brique spécialisée (Topsort, Criteo, API-first) avant tout build.
- Si vous avez volume + inventaire unique + équipe : alors seulement, un build peut devenir un avantage défendable.
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